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12 avril 2013

Colloque sur le Respect

100 personnes se sont retrouvées les 10 et 11 avril 2013 à Paris pour un colloque sur le Respect.

Il s’agissait du premier cycle de « Journées hospitalières » qui vont aborder les 5 valeurs fondamentales de la Fondation Saint Jean de Dieu au cours de ces deux prochaines années. Organisé conjointement par l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, la Fondation et la Congrégation des sœurs hospitalières du Sacré-Cœur, ce colloque a réuni des salariés de tous ces établissements de France. Il répondait à une demande du 68ème Chapitre général de l’Ordre hospitalier de permettre aux collaborateurs de réfléchir aux fondamentaux des pratiques hospitalières qui font la valeur ajoutée des établissements des frères de Saint Jean de Dieu et des sœurs du Sacré-Cœur. Frère Paul-Marie Taufana est le principal maître d’œuvre de ces journées, en lien avec l’Institut de l’hospitalité.

Au cours des deux jours de travaux, plusieurs intervenants se sont succédés pour présenter la valeur du Respect. Ainsi, le professeur Didier Sicard, connu plus particulièrement pour son rapport sur la fin de vie remis à François Hollande en décembre dernier, a témoigné de son expérience comme professeur de médecine et président d’honneur du Comité consultatif national d’éthique. Il a notamment souligné le grand paradoxe qui existe aujourd’hui dans une société « qui considère comme gênantes des personnes qui ne demandent qu’à être respectées au moment ultime de leur existence. » Pour le professeur Sicard, le problème réside dans le fait que « respecter le mourant obligerait à la remise en cause de notre vivant. » Deux causes à cela, selon lui : « le sentiment du pouvoir » des médecins qui refusent souvent de remettre en cause leur autorité, et le transfert de la relation du soignant, du malade vers la technique, rendant le patient « trop souvent virtuel. »

« La médecine ne doit pas camper sur ses positions, a expliqué le professeur Sicard. Bien sûr la société a besoin de repères, mais il ne faut pas diaboliser une personne, qu’elle soit âgée, malade ou handicapée, qui demande à quitter la vie. Le problème n'est pas la fin de vie, c’est notre capacité à écouter la personne soignée. Beaucoup veulent pouvoir simplement parler, dire qu'ils n'en peuvent plus de la vie, sans toutefois vouloir en arriver là. » « Je ne sais pas, au moment de ma propre mort, ce que je demanderai, a-t-il conclu, mais ce qui est certain, c'est que je souhaite que le médecin n'écoute pas forcément ma parole, mais mes yeux, et qu'il me respecte en tant que personne humaine. »

Cette position a été partagée par Michel Geoffroy, médecin et philosophe, qui a invité les soignants à transformer le respect en sollicitude à l’égard du patient. « La sollicitude n'est pas de l'ordre de la connaissance, contrairement au respect, mais de l'ordre du témoignage, du compagnonnage. Par la sollicitude, nous nous faisons du souci pour l'autre en prenant en compte son histoire. Le respect, lui, est universel car ce que je respecte en l'autre, c'est son humanité. Le respect est dû à tout homme, fut-il le plus grand criminel », a-t-il ajouté, précisant qu’à la différence de la sollicitude, 'je peux respecter sans aimer'.

Mais jusqu’où aller dans cette sollicitude sans aller jusqu’à identifier les souffrances du patient aux nôtres ? Comment concilier distance et proximité ? Comment ‘prendre en considération’ le patient, sans seulement le ‘prendre en charge’ ? Pour le philosophe Dominique Folscheid, répondre à ces questions nécessite de redéfinir avant tout les notions d'’hôpital’, de ‘patient’, de ‘soignant’, afin de ne pas voir le malade uniquement comme un ‘corps’, l’hôpital comme ‘une usine à gaz’ ou le soignant comme un ‘technicien’. « Toute maladie a une histoire à raconter, c’est pourquoi le respect doit cultiver la sympathie afin d’arriver à ‘sentir avec’, sans toutefois souffrir la souffrance de l’autre. »

Alain Epelboin, médecin anthropologue, a préféré parler pour sa part d’empathie comme condition nécessaire à toute relation, surtout lorsque le soignant doit faire face à un patient d’une culture différente de la sienne. « Alors que le respect est un concept à dimensions variables selon le lieu d’énonciation, a-t-il expliqué, le travail d'empathie est important pour me mettre dans la situation de l'autre. L’empathie aide à mieux comprendre la culture de la personne accueillie et, ainsi, à établir de bonnes conditions de confiance entre le soignant et le soigné. »  

Enfin, Frère Fortunat est intervenu sur « le Respect selon saint Jean de Dieu », rappelant que le fondateur de l’Ordre hospitalier « ne faisait aucune distinction parmi ses malades : tous étaient ses frères et sœurs en Jésus-Christ. » « Saint Jean de Dieu avait une foi en l’homme solidement ancrée en Dieu, lui permettant de servir les personnes qu’il accueillait avec respect. » Pour Frère Fortunat, le plus important est de « chercher à se respecter soi-même pour mieux accueillir l’autre dans sa différence. »

Tout au long de ces deux journées, des collaborateurs ont pu présenter des études de cas propres à leurs expériences, exposant leurs difficultés, leurs questionnements et les réponses apportées, les choix difficiles à faire face à des cas souvent uniques dans un accompagnement individualisé. Des débats avec les intervenants ont permis d’éclairer ces réflexions et d’insister notamment sur le fait qu’une des conditions pour vivre le respect, c'est que les collaborateurs soient eux-mêmes dans de bonnes conditions. « Le respect des résidents ne peut pas passer sans le respect des collaborateurs », a souligné Michel Geoffroy, rendant hommage au travail réalisé dans les établissements.

Pour Jean-François Hilaire, directeur général de la Fondation Saint Jean de Dieu, « la valeur du Respect doit finalement être additionnée à toutes les nobles attitudes d’Amour, de déférence et de considération » pour être vécue pleinement, à l’exemple de saint Jean de Dieu lorsqu’il accueillait les pauvres et les exclus dans son hôpital de Grenade. Reprenant un passage de l’évangile de saint Matthieu, il a conclu par cette phrase synthétisant en quelques mots toutes les réflexions du colloque : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, de même vous aussi, vous devez le faire pour eux. »

Le colloque s'est terminé par une pièce de théâtre mettant en scène de manière décalée plusieurs des situations évoquées par les collaborateurs pendant les deux jours, suscitant rires et émotions. « Une belle manière d'illustrer ce que nous avons entendu et d'aborder de façon décalée mais très juste des situations souvent difficiles », a confié un participant.

Rendez-vous est maintenant donné pour les prochaines Journées hospitalières qui se dérouleront les 2-3 octobre 2013 sur la Responsabilité, les 10-11 avril 2014 sur la Qualité, les 2-3 octobre 2014 sur la Spiritualité et en 2015 (date à préciser) sur l’Hospitalité.